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Les Rifflart
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Le fer et la plume — Les Rifflart au cœur des mutations de l'Entre-Sambre-et-Meuse
Pour comprendre la trajectoire de la famille Rifflart au milieu du XVe siècle, il faut s'immerger dans une époque de bouleversements profonds, où les frontières politiques de la Wallonie actuelle ne sont pas celles des États modernes, mais un échiquier complexe de principautés. C’est dans cet espace fragmenté — entre le gouvernement centralisateur des ducs de Bourgogne dans le comté de Hainaut et l’esprit d’indépendance de la principauté de Liège — que les deux branches de la famille vont s’épanouir. L’une choisira la plume, la diplomatie et les honneurs de la robe entre Mons et Ittre ; l’autre l'enclume, le feu et la maîtrise de l'industrie naissante entre Huy et Malonne.
 
Le bassin hutois : Berceau de la révolution métallurgique
 
Au XVe siècle, la vallée de la Meuse, et plus particulièrement la région de Huy, s’impose comme l’un des poumons industriels de l’Europe du Nord-Ouest. La cité hutoise, fière "bonne ville" de la principauté de Liège, bénéficie d’une conjoncture géographique exceptionnelle. Elle se trouve au confluent du fleuve et de cours d'eau rapides (comme le Hoyoux), indispensables pour mouvoir les roues hydrauliques des usines métallurgiques.
 
C’est précisément à cette époque que la métallurgie wallonne connaît une révolution technologique majeure : le passage de la « méthode directe » (les bas fourneaux) à la « méthode indirecte » (les hauts fourneaux). Cette innovation permet de fondre le minerai de fer à des températures jamais atteintes pour produire de la fonte, affinée ensuite en fer forgeable.
 
Cette transition exige des capitaux considérables, une maîtrise technique pointue et un accès privilégié aux ressources :
Le minerai de fer, abondant dans l'Entre-Sambre-et-Meuse.
Les forêts, pour la production massive de charbon de bois indispensable à la combustion.
L'eau, force motrice actionnant les soufflets des fourneaux et les lourds marteaux des usines à fer.
 
L'émergence des Maîtres de forges
 
Celui qui possède ces éléments devient un seigneur de l'industrie : un maître de forges. Cette élite marchande et technique n'appartient pas nécessairement à la vieille noblesse de sang, mais elle en acquiert rapidement la puissance financière et l'influence politique. Les maîtres de forges hutois forment une véritable aristocratie du fer. Ils négocient d'égal à égal avec les grands propriétaires terriens — abbayes ou familles princières comme les Berlaymont — pour obtenir les droits de coupe de bois ou l'usage des rivières.
 
C’est dans ce tissu économique vigoureux que s’enracine la branche hutoise des Rifflart. En devenant maîtres de forges, ils s'assurent une fortune et une respectabilité qui, un siècle plus tard, leur ouvriront les portes de la haute bourgeoisie de Malonne, dans le comté de Namur, où ils marqueront la gestion de la cité pendant trois siècles.
 
Un même sang, deux destins
 
Pendant que la lignée de Huy dompte le fer, celle de Mons s'élève par les offices publics et la maîtrise du droit, jusqu'à l'obtention de ses lettres de noblesse en 1518. À première vue, tout semble séparer le fracas des forges mosanes du silence feutré des chancelleries du Hainaut. Pourtant, l'analyse des archives révèle que ces deux mondes n'ont jamais cessé de communiquer. Derrière la diversité de leurs activités se cache une ambition commune et des réseaux d'alliances partagés qui, à travers les décennies, vont s'entrecroiser pour rappeler leur origine unique.
 
Les deux visages des Rifflart — De l'enclume hutoise aux honneurs d'Ittre
 
L’étude du patronyme Rifflart offre un panorama fascinant sur la fluidité sociale et géographique de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance au cœur des anciens Pays-Bas méridionaux. Deux branches majeures de cette famille se dessinent dès le milieu du XVe siècle : la première s’illustre dans le giron de la cité de Mons avant de s’établir à Ittre, tandis que la seconde jette l'ancre à Huy avant de faire souche à Malonne.
 
Alors que la branche montoise s'élève socialement jusqu'à obtenir des lettres patentes de noblesse en 1518, la lignée hutoise choisit le feu et le fer. Devenus maîtres de forges, ces derniers prospèrent dans la sidérurgie naissante pendant plus d'un siècle. Installés ensuite à Malonne, ils s'intègrent si durablement à la bourgeoisie locale qu'ils participeront activement à la magistrature et à la gestion de la ville pendant près de trois cents ans.
 
Si les archives officielles ont longtemps été avares en documents soulignant une cohabitation directe entre ces deux lignées, le croisement de micro-recherches généalogiques révèle deux nœuds documentaires capitaux. Ces indices textuels tendent à prouver que, malgré la distance géographique et la divergence de leurs destins sociaux, les deux branches gravitaient dans les mêmes réseaux d'influence.
 
                 [Réseau Berlaymont / Cruninghem]
                    /                         \
       (Nœud 1 : v. 1480)                 (Nœud 2 : v. 1530)
     Alliance administrative             Alliances matrimoniales
   • Colin (Branche Mons/Ittre)       • Nicolas (Branche Mons/Ittre)
   • Johan (Branche Huy/Malonne)      • Jehan (Branche Huy/Malonne)
Le premier nœud (1480–1487) : L'ombre des Berlaymont

Le premier point de convergence apparaît à la fin du XVe siècle, entre 1480 et 1487, à travers les relations étroites que les deux branches entretiennent avec l'illustre et puissante maison de Berlaymont.
 
Du côté du Hainaut, nous découvrins Colin Rifflart, qualifié de clerc lettriant (un homme de plume et de loi particulièrement instruit). Colin exerce ses fonctions pour le compte de Jehan d’Hooghe, alors maître clerc du bailliage du Hainaut. Dans l'exercice de sa charge et la fréquentation des cercles du pouvoir montois, Colin a pour proche compagnon l'un des fils du comte de Berlaymont.
 
Simultanément, à quelques dizaines de kilomètres de là, la branche de Huy tisse des liens d'affaires directs avec cette même famille noble. Les registres hutois mentionnent un contrat de transport (un transfert de propriété foncière) par lequel Johan Rifflart reçoit une terre, une maison, un cortil (jardin attenant) ainsi qu'un droit d'exploitation sur un cours d'eau situés à Liège. Le vendeur et cédant de ce bien n’est autre que Michel de Berlaymont, dit de Floyon.
 
Ce parallélisme chronologique est saisissant : au cours de la même décennie, un Rifflart de Mons partage le quotidien de la jeunesse dorée des Berlaymont, tandis qu'un Rifflart de Huy négocie des infrastructures hydrauliques indispensables à son activité métallurgique avec un seigneur de cette même maison.
 
Le deuxième nœud (v. 1530) : L'alliance des deux demi-sœurs
 
Il faut attendre un demi-siècle supplémentaire pour voir les trajectoires familiales s'entrecroiser de manière encore plus intime. Vers les années 1530, les archives révèlent un double croisement matrimonial qui connecte de manière presque indubitable les deux lignées à travers une parenté par alliance.
 
Le pivot de cette alliance repose sur les alliances successives de Catherine Berckmans, dame d’Itterbeeck.
De son union avec Thierry de Cruninghem, elle donne naissance à une fille nommée Anne de Cruninghem.
Par la suite, Catherine Berckmans s'unit à Lambert dit le Cheval de Vivegnis. De ce mariage naît une autre fille, Catherine de Vivegnis.
 
Anne et Catherine sont donc utérines, deux demi-sœurs partageant la même mère. Or, le destin de ces deux femmes va sceller l’alliance des deux branches Rifflart :
 
Anne de Cruninghem épouse Nicolas Rifflart, fils de Nicolas, issu en ligne directe de la branche de Mons et d’Ittre.
 
Catherine de Vivegnis, sa demi-sœur, convole quant à elle en justes noces avec Jehan Rifflart, représentant de la lignée de Huy.
                   Catherine BERCKMANS (Dame d'Itterbeeck)
                    /                                  \
      (p. Thierry de Cruninghem)              (p. Lambert de Vivegnis)
                  /                                      \
        Anne de CRUNINGHEM                      Catherine de VIVEGNIS
                |                                         |
        x Nicolas RIFFLART                        x Jehan RIFFLART
      (Branche de Mons / Ittre)                 (Branche de Huy / Malonne)

Conclusion : Une origine commune manifeste
 
Ce second nœud apporte une preuve quasi irréfutable de la reconnaissance mutuelle des deux branches. À une époque où les stratégies matrimoniales de la bourgeoisie et de la noblesse de robe sont minutieusement calculées, il est hautement improbable que deux demi-sœurs aient épousé deux hommes portant le même patronyme par simple coïncidence géographique.
 
L'enchevêtrement de ces alliances prouve que la branche des maîtres de forges de Huy et celle des hommes de loi de Mons et d'Ittre se connaissaient, fréquentaient les mêmes familles de la haute noblesse (Berlaymont, Cruninghem) et possédaient, selon toute vraisemblance, une conscience aiguë de leur souche commune.


« Avant d’être un patronyme ancré dans les registres paroissiaux de Malonne, Rifflartétait peut-être le cri d'un métier o  le reflet d'une force. Qu'ils soient descendants d'anciensouvriers bâtisseurs
de la Principauté de Liège ou héritiers de Jehan Rifflart
, maître des forges des Deux-Ry au XVIe siècle, les membres de cette lignée ont forgé leur destin dans le fer et la pierre de la région namuroise. »
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