Famille
Aspremont Lynden
Primitivement Lynden, dans la Gueldre, dont elle est originaire, cette maison tire son nom d'Aspremont, du chef-lieu
d'une baronnie considérable, l'un des grands fiefs de l'évêché de Metz . Vers la fin du xve siècle , elle vint s'établir dans les Pays-Bas .
L'abbé Butkens , dans son livre sur la famille de Lynden , raconte ainsi son origine :
<«< Elle eut son commencement d'Arnoud d'Aspremont, qui fut seigneur du terroir de Lynden , en la Befuwe , au pays de
Gueldre ; de laquelle seigneurie sa postérité porta le nom de Lynden. Cet Arnoud prit alliance au pays d'Utrecht , à une dame Hélène dont les armes représentent celles de Boesichem.
» La maison d'Aspremont , source de celle de Lynden , portait anciennement d'azur et de gueules à l'aigle d'argent, membré d'or . Mais au voyage de la Terre- Sainte , en l'an 1095 , le seigneur d'Aspremont changea ses armes et porta de gueules à la croix d'argent , lesquelles ont été retenues par ses successeurs, et Arnoud d'Aspremont, cadet de cette famille et tige de la branche des seigneurs de Lynden, porta
de gueules à la croix d'or, pour marque et brisure de cadet. Quoiqu'il en soit, il est certain que cet Arnoud portait le nom
d'Aspremont, et pour armoiries une croix. »
Celui qui s'établit le premier en Belgique est Thierry de Lynden , fils d'Étienne , chevalier , seigneur de Mussenberg et de Walbruge de Bronchorst. « Thierry de Lynden, dit encore l'abbé Butkens , reçut ce nom de son oncle Thierry de Lynden , seigneur de Hemmen et de Blitterswyck; lequel
nom était fort fréquent en cette famille , depuis trois cents ans qu'elle prit alliance à la maison des seigneurs de Brederode , entre lesquels icelui était assez commun . Thierry n'avait pas sitôt l'âge de son enfance que son père le jugeant éveillé d'esprit et capable d'entendement, l'envoya aux études à l'université de Cologne , où toutefois il ne demeura pas
longtemps , car son dit père s'étant reconcilié avec l'empereur Maximilien et son fils le roi de Castille, le fit rappeler de Cologne ; et par le conseil de Robert de la Marck, son cousin, avec lequel il avait déjà une étroite amitié, il le mit à l'université de Louvain , en compagnie du jeune Robert de la Marck et de Corneille de Berghes, fils du seigneur de Sevenberghe; il y était encore en l'année 1508. Cependant il contracta une telle familiarité et accointance avec lesdits seigneurs de la Marck et de Berghes que de là s'engendra une affection et amitié fort particulière , laquelle fut en partie cause que ce seigneur ne se soucia de revoir sa patrie , qui était troublée
par les guerres du duc Charles de Gueldre , et pleine de confusions , tellement qu'ayant atteint l'âge compétent, par
les conseils de Robert de la Marck et de Mahaut de Montfort, sa femme , parente de son père , il suivit la cour du cardinal Everard de la Marck, prince et évêque, qui pour le respect des seigneurs de la Marck et d'Arenberg , ses cousins ,
grand estime de Thierry de Lynden , l'employant particulièrement aux affaires de son état. »
Par son intimité dans la maison d'Everard de la Marck, comte d'Arenberg, Thierry sut bientôt atteindre à de hautes destinées . Il épousa Catherine de la Marck , fille légitimée du comte de la Marck, veuve d'Adrien de Fraypont, dit de la Boverie , et, par contrat du 27 janvier 1520 , reçut la seigneurie de Rochen, en mariage.>> En octobre 1521 , continue Butkens, Thierry de Lynden accompagna le prince cardinal dans le voyage qu'il fit à Aix-la-Chapelle, où il assista au mariage de l'empereur Charles Quint qui, de sa propre main, lui donna l'ordre de chevalerie avec plusieurs autres . Cependant , son autorité et sa faveur augmentèrent par la promotion de Corneille de Berghes, qui fut désigné coadjuteur du prince cardinal ; par ce motif , et vu le désordre qui désolait le pays de Gueldre , il prit la résolution de vendre ce qui lui était échu de son bien patrimonial dans ce pays et de faire le remploi dans celui de Liége où il s'intentionna de fixer sa demeure ; à cet effet, il traita avec Jean de Lynden , seigneur de Mussenberg , et Gaspard de Lynden , ses frères , pour voir l'état de la maison mortuaire
de feu leur père Étienne de Lynden et de Walbruge de Bronchorst , leur mère , et en avoir les comptes en partage.
Après quelques débats , l'affaire fut remise par les hauts justiciers et chevaliers du pays de la Betuwe ès-mains d'Arnoud de Bemmel , de Jean de Hackfort, de Zweer d'Appeldorne et de Thierry de Bronchorst , chevaliers , qui finalement terminèrent le différend , en 1524 , le jour de Saint-Mathias , et, quelques jours après, Thierry de Lynden reçut une portion de sa part de son fère aîné le seigneur de Mussenberg; et desdits deniers il commença à faire le remploi ; environ ce temps, il achetà la terre de Mathivaux , dite la Boverie, et
quelques rentes.
» Deux ans après, il accompagna le prince Everard de la Marck à une assemblée publique , convoquée à Augsbourg par l'empereur Charles Quint, qui s'y trouva , pour la restauration de la foi catholique et extirpation des hérésies de Luther, de Zwingle et de leurs adhérents , lesquelles , pour lors commencèrent à s'étendre et à prendre racine par toute l'Allemagne et quartiers circonvoisins : voire même , aux cours des princes et seigneurs qui se qualifiaient protestants , et , en cette qualité , à la congrégation d'Ausbourg , firent exhibition de la profession de leur foi, forgée du cerveau d'un certain Philippe Mélanchton , laquelle fut depuis nommée la confession d'Augsbourg et condamnée avec plusieurs autres par le sacré et célèbre concile universel tenu à Trente . >> Au commencement de l'année 1531 , ce seigneur se trouva aussi à la suite du prince de Liége , à Cologne , à l'élection et couronnement du roi des Romains , Ferdinand
d'Autriche , frère de l'empereur Charles , et peu après , il s'employa avec son beau-père Everard, comte d'Arenberg, Jean, comte de Hornes , Edmond , baron de Swatsenberg, et Richard de Merode , seigneur de Waroux , à la pacification des Rivageois, qui étaient une sorte de gens de basse condition , séditieux et mutins , qui eussent perpétré plusieurs maux au pays de Liége, si leurs desseins n'eussent été rompus avec autant de célérité, prudence et bonne conduite.
Environ le mois de septembre de la même année, Thierry de Lynden fit le voyage de Bruxelles avec son beau-père le comte d'Arenberg ; il s'y trouva aux joûtes et tournois ; mais le malheur voulut que le comte y fut tellement blessé d'une chute qu'il fit avec son cheval , que peu après il mourut.
Comme peu de temps auparavant était aussi trépassée Catherine de la Marck , sa femme , Thierry de Lynden se résolut
de prendre une seconde alliance avec Marie d'Elderen, riche
héritière et fille unique de Godenoel d'Elderen, chevalier seigneur de Sart, de Saint Gelly, etc... et d'£Isabeaud'Amstel. Ce mariage fut convenu par l'entremise de Robert de la Marck, qui avait succédé au comté d'Aremberg, et de son fils , le jeune Robert.
Il semble que jusques lors Gaspard de Lynden , frère de Thierry , n'avait encore fourni et satisfait à l'accord passé entre eux ; car en 1536 , Marie d'Elderen elle - même fit un voyage au pays de Gueldre pour mettre fin à cette affaire . Elle vendit le restant des biens patrimoniaux de son mari .
Comme environ l'an 1538 vint à mourir le prince cardinal Everard de la Marck , évêque de Liége , auprès duquel Thierry avait été en grand estime et réputation , il se retira sur ses terres et prit sa demeure ordinaire en sa maison de Mathivaux , où il s'adonna aux voluptés de l'étude, dont il était singulièrement amateur , jouissant des délices de la lecture et de la conversation de ses plns familiers amis .
Quelque temps après , succéda au prince cardinal de la Marck, Corneille de Berghes, son coadjuteur, avec lequel ce seigneur était lié d'une très-étroite et très-familière amitié ; laquelle fut cause qu'aussitôt que le nouveau prince le requit, il se rendit auprès de lui en sa cour ; et il y fut aussitôt honoré de la charge de premier conseiller et de maître d'hôtel , le 8 janvier 1542 , qu'il garda sous les successeurs de ce prince, George d'Autriche et Robert de Berghes. >> Voulant employer le reste des deniers de son patrimoine à l'acquisition d'une terre considérable, il traita avec Jean, marquis de Berghes , frère du prince Robert de Berghes , pour la vicomté et seigneurie de Dormael, dont la vente fut. faite le 31 décembre 1562. >> Après la mort de Robert , évêque et prince de Liége , Thierry se voyant privé d'un tant singulier seigneur et ami , et se trouvant chargé d'un grand âge, se résolut de se retirer
entièrement des affaires en ce monde et de servir Dieu tranquillement. A cette fin , il habita désormais , en hiver, la ville de Louvain , où il avait passé une bonne partie de sa jeunesse , et en été , il se retirait à son château de Dormael. Or, comme les hérésies infestaient de tous côtés son pays, il fut prié par quelques parents de Gueldre de vouloir veiller à l'éducation de leurs enfants pour qu'ils pussent être nourris aux études en la foi catholique et romaine ; à quoi condescendait libéralement ce seigneur qui , en ses vieux jours, s'employa volontiers en œuvres de charité. » Il trépassa à Louvain le 5 avril 1566 , à l'âge de 69 ans , et fut enterré à l'église Saint Pierre, du côté du maître-autel,
où l'on voit encore aujourd'hui sa sépulture avec seize quartiers d'armes , et , contre le pilier, un tableau où il est représenté au vif, armé et sa cotte de mailles au dos , avec ses enfants et Marie d'Elderen , sa femme , laquelle après sa mort se retira à Mathivaux, où elle mourut le 3 janvier 1574 et fut inhumée dans l'église de ce village sous un marbre bleu avec inscription et figures .» Quant aux ancêtres et à la famille de Marie d'Elderen , je rapporterai brièvement qu'elle est des premières et des plus considérables du quartier de Tongres , prenant son nom de certain village peu distant de cette ville. Et portent ceux de cette maison de vair à une fasce d'or au chef, armoiries si honorées et si signalées que l'ancienne ville de Tongres les prend pour siennes. >>
Il eut du second lit plusieurs enfants , entre autres : George , l'aîné ; il forma la branche des vicomtes de Dormael ; Robert , d'où provient la branche de Froidcourt, et, enfin, Herman , le premier des barons de Reckheim . Les branches de Froidcourt et de Reckheim existent encore aujourd'hui ; la première en Belgique, la seconde en Allemagne.
Extrait de la Belgique Héraldique