François Joseph Rifflart (1773- ? )
De François Joseph, fils de Gilles Joseph Rifflart et de Marie Joseph Creuse, baptisé à Bouvignes le 21 août 177317, on sait qu'il a accordé et restauré l'orgue de Soumagne. Le 30 août 1813 en effet, il reçut "27,5 couronnes de France, faisant 159 Fr 35 centimes pour avoir relevé l'orgue et la remettre au ton de l'opéra"18.
La confrontation d'une quittance de 1812 et d'une pièce d'état civil permet de
lever une imprécision signalée par A. Ledurlb. En effet, le "Fr Pi" Rifflart que mentionne cet auteur pour avoir entretenu l'orgue de l'église primaire de Malmédy se révèle être François Joseph20. La concordance entre les deux signatures ne laisse aucun doute et la lecture de "Fr Pi" pour "F:J" est évidente.
C'est dès lors certainement lui qui démonta l'orgue de l'église primaire en 1808 et y effectua une importante restauration21: elle s'éleva à 74 couronnes, dont 66 pour la restauration même et 8 pour le démontage.
L'acte de décès de François Joseph ne figure ni dans l'état civil de Bouvignes, ni dans celui d'Yvoir, où son frère Charles Louis Joseph s'est établi. Sans doute François-Joseph a-t-il changé de domicile, ce qui explique le peu de mentions que nous possédons de lui dans la région Brabant Wallon-Namur.
Une indication concernant le domicile de ce facteur peut cependant être apportée par une lettre qu'il adressa de Namur, en date du 15 juillet 1817 à Monsieur Thisquen, maire de la ville de Limbourg, dans la province de Liège. Le maire avait probablement envoyé à Rifflart un devis d'un autre facteur, en lui demandant son avis. Ce facteur estimait insuffisants les 300 Fr qu'on lui proposait pour réparer l'orgue. Rifflart répondit que "cet homme est pour le moins un ignorant", et qu'il n'était pas "surpris que ce facteur ou soi-disant facteur d'orgue ne méprise mes ouvrages[;] ils n'ont plus d'autres armes que la calomnies pour tacher de recuperer quelqu'ouvrages dans votre pays vu que je ferai tous [les ouvrages] a peu près à vingt lieu a la ronde'!Zi\ Rifflart contesta également l'avis émis par ce facteur au sujet d'anches à remplacer: "il dit qu'il faut de nouvelles anches au trompette et cromornef ;] il prouve combien il est bête, une homme n'est pas mort par ce qu'il seroit malade". François Joseph se proposa de "prouver [...] toutes les impostures et, "en deux jours de tems", de réparer "tous les défauts que ce facteur a trouvé".
S'il ne s'agit pas d'une exagération de la part de François Joseph, les "vingt lieu a la ronde" autour de Limbourg pourraient constituer une piste concernant son installation comme facteur d'orgues.
Ferdinand Joseph Rifflart (1779-1816)
Ferdinand Joseph Rifflart, troisième enfant de Gilles Joseph et de Marie Joseph Creuse, naquit à Bouvignes en 177923.
A 31 ans, il entreprit la construction d'un orgue pour l'église St-Martin a Olen. Daté de 1810, le contrat de cette entreprise est conservé?1*. H précise qu'à ce moment, soit six ans avant sa mort, Ferdinand était toujours êtait "à Bouvignes, département de Sambre-et-Meuse". La convention portait sur la construction d'un instrument entièrement neuf de 11 jeux. En voici composition:
Prestant 4 Nazard [2 2/3]
Bourdon 8 Fourniture 5r
Doublette [2] Tierce [1 3/5]
Flûte 4 Trompette 8
Cornet 5r Clairon 4
Sesquialter ~ , ,
M Tremblant
Par "deux octaves de la montre Prestant", il faut vraisemblablement entendre que les deux premières octaves du Prestant 4 avaient leurs tuyaux en façade.
Le facteur pouvait disposer à sa guise de l'ancien instrument. En outre, s'il achevait son ouvrage dans les cinq mois, il recevrait 1.959 Fr.
Dans l'avant-dernier paragraphe de ce contrat, malheureusement détérioré, on cite la ville d'Herentals. Or, ce paragraphe traite de l'expertise finale de l'instrument d'Olen. Comme c'est précisément à Hérentals que le facteur décéda, on peut émettre l'hypothèse qu'il y avait là un chantier en cours ou un orgue Rifflart déjà construit. Les experts cités dans le contrat se seraient alors servis de ce point de comparaison pour apprécier l'orgue d'Olen.
En 1815, Ferdinand Rifflart restaura l'orgue de la Collégiale St-Denis à Liège. En effet, inquiète du mauvais état de l'instrument, la fabrique d'église fit rédiger un cahier de charges très précis pour la réparation de l'orgue. 5 II s'agit d'un des premiers, si pas du premier document de ce genre1*0, en ce sens que c'est l'une des premières fois que l'on fit appel à plusieurs facteurs d'orgues pour les inviter à soumissionner sur la base d'un document.
Il s'agissait d'un travail important: relevage, nettoyage, remplacement des sommiers, des boursettes et des chapes, restauration de la tuyauterie et remplacement de quelques jeux. L'instrument devait être d'importance, comme en témoigne une reconstitution de la disposition du seul clavier de grand-orgue, avant l'intervention de Rifflart20:
Bourdon 16 Nazard
Montre 8 Fourniture
Prestant 4 Cymbale
Flûte 4 Cornet
Doublette Trompette 8 b+d
Sifflet 1 Cromorne 8 b+d
ou Tierce Voix humaine 8 b+d
Cet instrument était pourvu d'un positif de dos et peut-être déjà aussi d'une pédale indépendante.
La même année, Ferdinand soumissionna à ce cahier de charges, acceptant d'entreprendre les travaux qui y figuraient, tout en y ajoutant quelques remarques personnelles. Il proposait ainsi de maintenir le jeu de Cymbale, "indispensable dans un grand orgue", ce qui confirme ses conceptions assez traditionnelles, de "faire une trompette neuve", de remplacer le jeu de Viole de Gambe par une Dulciane "qui fortifie l'orgue". Il proposa également d'effectuer des travaux complémentaires au Positif pour un supplément de 1.200 Yi27. Le conseil de fabrique lui confia les travaux. Il s'était informé au préalable auprès du curé de Soiron, chez qui le même Rifflart avait effectué d'importants travaux. Le curé de Soiron rédigea un rapport favorable.
Les travaux de Soiron, exécutés en 1815, consistaient à placer dans l'église paroissiale un instrument reconstitué à partir de deux orgues: celui de l'ancienne abbaye de Boneffe pour le grand-orgue, et celui du couvent supprimé des Dames Blanches à Huy pour le positif de dos28.
Ferdinand Joseph Rifflart décéda à Hérentals l'année suivante, le 17 septembre 1816, à l'âge de 37 ans29.
Travaux attribués à "F.J. Rifflart" (soit François Joseph, soit Ferdinand Joseph)
Selon Forgeur30, un F.J. Rifflart aurait placé, dès 1804-1805 un instrument à Soiron. Peut-être s'agit-il d'une simple discordance chronologique par rapport à l'activité mentionnée plus haut ? Les deux frères ont-ils collaboré à cette installation ?
En 1808, un "F. Rifflard" reçut quelque 115 florins pour avoir remis en état l'orgue de Kumtich, près de Tirlemont31. C'est à cette occasion également que cette fabrique d'église engagea un certain A. Rifflard pour peindre et vernir le buffet d'orgues32.