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ColinRifflart et Jeanne Bernard15e et 16e siècle
Le premier membre connu de la famille Rifflart est Nicolas, époux de Jeanne Bernard. Il est mentionné le 12 janvier 1510 dans une lettre de l’empereur Maximilien qui parle des bons et agréables services que l’aimé et féal conseillier et receveur général des demaine et aydes de Namur, Nicolas Rifflart (…) a fais et fait journellement au fait et exercite de son office. Le verbe «riffler», qui signifie arracher, écorcher et, par extension escroquer, a permis que le sobriquet «Rifflart» fût porté par de nombreux personnages à l’époque médiévale. Il n’est pas en soi des plus flatteurs, mais correspond bien à la biographie de notre Nicolas. L’auteur du mémoire dont je me suis largement inspiré est tenté d’identifier ce dernier à un certain Colin Rifflart, cité dès 1494 et qui se qualifie de clerc demeurant à Mons. La même année un Colard Rifflart est homme de la cour de Mons, servant de témoin à une vente. Il semble bien que ce Colin/Colard soit notre Nicolas. Détail amusant : il était un protégé -  comme le fut plus tard Nicolas Rifflart, -  de Guillaume de Croÿ, l’illustre «seigneur de Chièvres» et premier marquis d’Aerschot, qui épousa Marie-Madeleine de Hamal-Trazegnies. C’est probablement grâce à cet environnement que son fils Guillaume, au prénom significatif, put épouser Jeanne de Baillencourt-Courcol, dame héritière d’Ittre. En effet, le père de cette héritière exerçait la fonction de «maître d’hôtel de la marquise d’Aerschot». C’est vraisemblablement Guillaume de Croÿ qui introduisit  Nicolas Rifflart à la cour et qui lui permit de participer à l’aventure espagnole des Habsbourg.  Auparavant, le receveur général se distinguait par des déplacements continuels (Lille, Bruxelles, Malines, Anvers, etc.). Lorsqu’il fut question pour le jeune Charles Quint d’aller prendre possession du trône d’Aragon et de rencontrer ses sujets d’Espagne en 1517, Nicolas Rifflart fut invité à participer au voyage. Les qualités du financier que «par expérience congnoissons», tel que l’écrit le jeune Charles, étaient d’autant plus appréciées que l’adolescent avait pu personnellement en mesurer l’étendue. C’est donc un homme de confiance qui, le 8 septembre 1517 à cinq heures du matin, s’embarqua avec le nouveau roi dans le port de Flessingue. Sur le bateau de Charles où se trouvait Nicolas Rifflart, étaient également logés Eléonore d’Autriche (future reine de Portugal puis de France) et l’indispensable Guillaume de Croÿ[1]. La flotte débarqua le 20 septembre près de Villaviciosa. C’est en se référant à ce voyage que l’empereur Maximilien anoblit Nicolas par lettres patentes du 15 juillet 1518, signées à Augsbourg. Les armoiries des Rifflart (qui se chargeront de l’ancien écusson des seigneurs d’Ittre à la génération suivante) devinrent : un écu coupé d’argent et de sinople, l’argent chargé de trois aigles de sable posé en fasce et le sinople d’une rose d’argent. On n’a aucun récit du voyage, vu du point de vue de Nicolas, mais il est probable qu’il accompagna Charles à Tordesillas (où celui-ci rendit visite à sa mère, la reine Jeanne) à Valladolid (où on offrit une corrida au jeune souverain) et à Saragosse. On sait que Guillaume de Croÿ profita des circonstances pour se constituer une fortune colossale au détriment des Espagnols et pour distribuer faveurs et charges à ses proches. Nul doute que le sieur Rifflart ait pris part à ses bacchanales qui déclenchèrent la révolte des communeros en 1520/1521, car il semble bien que l’origine de sa grande fortune se fût trouvée au-delà des Pyrénées. Nicolas, tout auréolé de sa noblesse récente et les poches sans doute bien garnies,  revint aux Pays-Bas le 1er juin 1520. Il y rapporta des argenteries, des pièces d’orfèvrerie, des meubles (comme ung coffres d’Espaignes doré par dehors qui n’a nulles armes dessus ne par dedans painct de painctures ainsi que d’autres du même genre) et même un More, Balthazar, qui, plus tard, après avoir été baptisé à Namur, se fixera dans la principauté de Liège où il épousera une femme natifve de Hannef, soy tenant avecq elle selon l’estat de la Ste Eglise. Extrait du Livret du Marquis de Trazegnies olivier
 

 

   
 
[1] Son neveu par alliance, mon aïeul,  Jean III de Trazegnies, s’y trouvait déjà puisque, dans la nuit du 13 au 14 mars 1517, il fit évader de Tordesillas l’infante Catalina, dernière sœur de Charles Quint, qui y vivait recluse sous l’autorité démente de Jeanne la Folle.
 
 
Après cette promenade exotique et, semble-t-il, lucrative, Nicolas reprit ses fonctions de receveur du comté de Namur où il fut également «mayeur de St-Aubain» qui n’était pas encore le siège d’un évêché. En 1521, on le cite comme maistre de nos comptes ordinaire en nostre Chambre a comptes à Lille. Il continua à beaucoup voyager pour ses fonctions, avant de mourir entre février et juin 1531. On l’enterra «sous une belle tombe» dans l’église St Jean l’Evangéliste à Namur, édifice aujourd’hui disparu.
Il avait épousé Jeanne Bernard dont on ne connaît pas l’origine. Il ne faut pas la confondre avec une autre Jeanne Bernard (d’Esquelmes), sa contemporaine et quasiment sa «commère», ainsi que le montre le fragment généalogique ci-joint.
Il avait épousé Jeanne Bernard dont on ne connaît pas l’origine. Il ne faut pas la confondre avec une autre Jeanne Bernard (d’Esquelmes), sa contemporaine et quasiment sa «commère», ainsi que le montre le fragment généalogique ci-joint.
 
Philippe Haneton (cf. infra)                                    Jean, dit Griffon, de Masnuy, seigneur de le Tenre, etc.
 
ép. Marguerite Numan                                              ép. Jeanne Bernard d’Esquelmes
 
 
 
Charles ép. Maximilienne Rifflart,                        Marguerite ép. Jean de Masnuy[1]
 
fille de Nicolas et de Jeanne Bernard
  
Ainsi les deux enfants de Philippe Haneton avaient pour belle-mère une Jeanne Bernard, mais ce n’était pas la même. Jeanne Bernard-Rifflart mourut en 1539, apparemment sans s’être remariée. Son testament la dit veuve de Nicolas Rifflart, sans plus. L’autre Jeanne Bernard eut quatre enfants de Jean, dit Griffon, de Masnuy qu’elle avait épousé en 1499. Comme ce dernier mourut en 1554, elle n’aurait pu convoler avec Nicolas Rifflart du vivant de son mari…

Voici les dates d’acquisition de terres et de rentes qui ont été retrouvées:
 
 
-        1516: petite terre à Floreffe
 
-        1516: ferme de 32 bonniers à Champion (fief de la montagne)
 
 
Ensuite vient le voyage en Espagne. Nous constatons immédiatement que le retour est financièrement triomphal:
 
-        1522-1523. Achat à Louis Rolin, seigneur d’Aymeries, pour 12.500 florins de la seigneurie de Tongre-St-Martin (dont les Trazegnies hériteront). Jusqu’à la fin de sa vie, par achats successifs de terres, Nicolas arrondira son domaine. Guillaume de Croÿ était mort en 1521, mais sa veuve, Marie-Madeleine de Hamal-Trazegnies, gardait l’usufruit de sa terre de Chièvres à côté de laquelle se trouvait Tongre-St-Martin.
 
-        1525: Cense de la Basse Thour à Villeret et seigneurie (10 bonniers) de Bothey et d’Hermoye. Nicolas s’installait ainsi juste à côté de Corroy.
 
-        1525: une toute petite terre à Falisolle.
 
-        1526. Achat de la nue propriété ( à Jeanne de Glimes, veuve de Guillaume de Cottereau) de la seigneurie des Chaudrons à Rosée (laquelle contenait une «forteresse»), possédée depuis longtemps par les Glimes et contestée depuis le début du XVIe siècle entre divers héritiers. D’où un nombre considérable de reliefs en quelques années.
 
-        1526. A Péronne de Glimes (sœur aînée de Jeanne), achat de la nue propriété de la seigneurie de Rosée dite d’Orjo. L’usufruit lui en sera cédé par Thierry de Brandenbourg en 1529.
 
-        1530. Achat à Thierry de Brandenbourg de l’usufruit de ces terres.
 
-        1524: Achat du fief de l’huisserie héréditaire du comté de Namur.
 
-        1524: Achat du fief des afforages à Bouvignes
 
-        1528: prise en engagère de la seigneurie de Marbais
 
-        1529: Achat du Winage du pont de Meuse.
 
-        1531: Procès mené par sa veuve, Jeanne Bernard, contre le comte de Virneburg, pour être mise en possession de la seigneurie de Farciennes.
 
-        1536: Achat par Jeanne Bernard d’une rente de 324 livres sur le marquisat d’Aerschot.
 
 
A côté de cela, on le voit prêter de l’argent à de grands seigneurs (le comte de Virneburg, le seigneur de Marbais[1], Georges de Berlaymont, Etats de Namur, marquis de Berghes, etc.) et acquérir des rentes innombrables. L’ensemble de ses acquisitions représentait quelque 40.000 livres alors que ses gages de receveur du comté de Namur s’élevaient annuellement à 162 livres de gros. Il avait évidemment eu d’autres fonctions (en 1519, Charles Quint lui allouait une pension annuelle de 375 livres. Par la suite, le roi/empereur se montra particulièrement généreux à son égard), mais on peut penser que la générosité de Guillaume de Croÿ au détriment des Espagnols ne fut pas étrangère à cette richesse soudaine. De plus, un receveur disposait de grosses sommes d’argent qu’il pouvait placer avantageusement avant de les reverser au trésor. Enfin, tant à Rosée qu’à Tongre, Nicolas possédait la haute, la moyenne et la basse justice. Pour un seigneur non endetté, cela représentait une source de profits nets. Il est en tout cas significatif qu’au lieu de se perdre en acquisitions tous azimuts, il ait voulu créer deux pôles de sa puissance terrienne en deux seigneuries considérables dont l’une le ramenait à son Hainaut des origines.
 
 
Outre ces achats, Nicolas Rifflart menait un train de vie de première classe. L’ameublement de sa mortuaire (repris dans le testament de Jeanne Bernard en 1539) révèle un intérieur nettement plus riche que celui de la moyenne aristocratique à l’époque. C’était donc un couple qui voulait montrer à la fois sa fortune, sa proximité de la Cour et son ascension nobiliaire. Tout cela fut distribué généreusement à leurs trois fils et à leurs deux filles.  On y trouve entre autres «ung bachin d’argent ou il y a les armes de feu son pere». Les objets, tasses, gobblets d’argent, les coupes dorées, les tapisseries, les soieries, les aiguières, les robes, pourpoints et nappes de satin, de soie ou de velours, les diamants et l’or abondent.  Il est expressément indiqué que beaucoup de ces objets de luxe viennent d’Espagne.
 

 
   
 
[1] Les seigneurs de Marbais, à la fin du XVe siècle, connaîtront un inexorable naufrage financier, créant des rentes ou empruntant sur leur territoire, autrefois si grand, si riche et si puissant.
 
 

 

 
 


« Avant d’être un patronyme ancré dans les registres paroissiaux de Malonne, Rifflartétait peut-être le cri d'un métier o  le reflet d'une force. Qu'ils soient descendants d'anciensouvriers bâtisseurs
de la Principauté de Liège ou héritiers de Jehan Rifflart
, maître des forges des Deux-Ry au XVIe siècle, les membres de cette lignée ont forgé leur destin dans le fer et la pierre de la région namuroise. »
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