Notre première rencontre avec Colin , Clerc Lettriant
Un jeune lettré au cœur de la cité montoise
À la fin du XVe siècle, la "bonne ville" de Mons s'épanouit sous la tutelle des Habsbourg. C’est dans ce contexte que nous découvrons Colin Rifflart, installé comme Clerc Lettriant. Son rôle est stratégique : il rédige les actes privés, qu’il fait ensuite authentifier par deux « hommes de fief » de la Cour féodale du comte.
II. Entre héritage et continuité
Si l’abbé Soupart avance que Colin serait né de l'union Rifflart-Ophem, aucune preuve officielle ne confirme sa filiation. À cette époque, l’office d'homme de fief ne se transmet pas par héritage direct, mais par une continuité familiale tacite. (Hypothèse)
On observe souvent plusieurs générations se succéder à ces postes. Bien que la charge s'éteigne officiellement avec son titulaire, les avantages et bénéfices qu’elle procure incitent les familles à maintenir cet office en leur sein. Là où le fils ne succède pas au père, c’est souvent un parent allié qui assure la relève.
III. 10 septembre 1492 : La première trace officielle
La carrière de Colin semble avoir débuté par l’itinérance, offrant ses services de village en village ou sur les étals des marchés. Mais en 1492, son existence est gravée dans les registres de la législation princière du Hainaut (source : Jean-Marie Cauchies).
Une quittance mentionne son travail pour le Grand Bailli de Hainaut :
« Je, Hanin de Rocquegnies, clerc demeurant à Mons, reconnais avoir reçu la somme de 70 sols tournois pour les peines et labeurs de moi-même et de mes compagnons clercs : Pierot Mahy, Colin Rifflart, Martinot de Hauchin, Colin Chasseau, Hanin Brongnart et Simon Castaigne... »
Chaque clerc reçoit alors 10 sols pour avoir écrit diligemment les lettres adressées aux officiers du pays.
IV. Le réseau des Roquegnies
Dans cet acte, Colin est cité comme « compagnon » de Hanin de Roquegnies. Cette famille de marchands merciers, originaire du village éponyme et bourgeoise de Tournai, joue un rôle clé dans le paysage social de l'époque. On retrouve d'ailleurs la signature d'un certain Numan dans plusieurs actes du XVe siècle liés à cette famille, un personnage qui croisera à nouveau la route de Colin plus tard.
Focus : L’ancrage des Rifflart, de la terre à la robe
Pour comprendre l'ascension de Colin, il faut observer le mouvement de sa parentèle. Le cas de Jehan Rifflart de Hon est exemplaire de cette mutation sociale à la fin du Moyen Âge.
En vendant ses terres de Hon pour s’installer à Mons et y devenir Prévôt, Jehan illustre le passage de la petite noblesse terrienne (ou de la haute paysannerie libre) vers la bourgeoisie de fonction. Pour Colin, avoir un parent (peut-être un oncle ou un cousin germain) occupant une charge de Prévôt à Mons est un atout majeur. Cela explique son accès facilité au milieu des clercs et sa collaboration précoce avec le Grand Bailliage. ** voir Hypothèse
Une fratrie au cœur de la cité
Imaginons alors le foyer des Rifflart. À cette époque, la famille nucléaire s'élargit souvent aux apprentis et aux serviteurs, mais le noyau dur reste composé de plusieurs frères et sœurs.
L'aîné (Colin ?) : Souvent destiné aux études ou à reprendre l'office paternel, il devient ce "Clerc Lettriant" maniant la plume avec dextérité.
Les cadets : Ils s'orientent généralement vers le commerce (marchands merciers comme les Roquegnies) ou, pour les filles, vers des alliances matrimoniales renforçant le réseau local.
Cette solidarité familiale est le moteur de leur réussite. En travaillant comme échoppier sur les marchés, Colin ne vend pas seulement ses services d'écrivain : il est l'antenne locale d'un réseau qui s'étend jusqu'à la Cour féodale. Chaque acte qu'il rédige, chaque lettre qu'il scelle pour 10 ou 16 sous, renforce le prestige du nom Rifflart dans les registres du Hainaut.
La transition vers le XVIe siècle
Cette éducation soignée — mêlant calcul au doigt, latin liturgique et droit coutumier — prépare Colin à un monde en transition. Alors que le papier remplace peu à peu le parchemin, la plume de Colin devient son épée : un outil de pouvoir dans une société où savoir lire et écrire est la clé des privilèges.